Pour Florence et Hussein

Vive leur libération !

On s’intéresse à Andie McDowell

Andie McDowell a un charme fou et sait l’utiliser à la perfection. Si elle est l’ange de «Greystoke» (Warner) ou fille BCBG de «Saint-Elmo’s fire» (GCR), elle devient un démon aux étranges fantasmes dans «Sexe mensonges et vidéo qui vient de sortir cher NMV. Un film que l’on ne pouvait pas manquer, pour une actrice qui va devenir indispensable.

Andie McDowellElle pourrait être une héroïne de Tennessee Williams. Comme lui, elle est née et a grandi dans le sud profond des Etats-Unis (plus précisément en Caroline du Sud), un endroit, dit-elle, où on ne rigole ni avec Dieu ni avec le Diable. Comme lui, elle a eu des comptes à régler avec la mentalité sudiste : «J’avais des amis des deux races, ce qui n’était pas habituel. Quand les gens m’en faisaient l’objection, je leur répondais d’aller se faire foutre. Cela n’arrangeait pas les choses.» L’eut-il connue, Williams l’aurait peut-être prise pour incarner la sensuelle Maggie dans sa «Chatte sur un toit brûlant». Et peut-être eut-il pris sa mère pour personnifier Blanche Dubois, cette femme vieillissante et alcoolique qui symbolise la décadence du vieux Sud dans «Un tramway nommé Désir». Car la mère d’Andie McDowell est morte à l’âge de cinquante-trois ans, en 1986, usée par l’alcool. «Une femme douce, qui aimait jardiner et ramasser des fleurs pour ses enfants, se rappelle sa fille. S’il y a bien une chose dont je n’ai jamais manqué, c’est d’amour.» Avant Tennessee Williams et ses émules, les belles du Sud ressemblaient à Scarlett O’Hara, l’héroïne de «Autant en emporte le vent» : éducation raffinée et beaux décors, crinolines et romantisme, et aussi une volonté de fer. Ce que Andie McDowell partage avec Scarlett, c’est là révolte et le goût de la provocation. Une révolte née d’une situation familiale qui vire au drame alors qu’elle n’a que six ans. Ses parents divorcent et sa mère reste seule avec ses quatre filles. Ne supportant pas ce nouvel état de choses, elle commence à boire et perd bientôt son emploi de professeur de musique. C’est le début d’une lente dérive oui l’amènera derrière un comptoir de chez Mac Donald.

Andie McDowellLa jeune Andie se trouve donc très vite livrée à elle-même. Mais contrairement à ses trois sœurs, élues reines des bals de collèges, et perpétuant la tradition des jeunes filles bien élevées et quelque peu puritaines, Andie rue dans les brancards. «J’étais vraiment sauvage, dit-elle. J’avais les cheveux en bataille, des grosses lèvres un peu provocantes. J’ai été la première de la famille à me faire percer les oreilles. J’adorais porter des T-shirts, sans soutien-gorge dessous, avec des pantalons moulants. J’aimais être sexy.» Cette sexualité affichée lui rend encore plus oppressant ce Sud où les filles sont élevées dans l’idée que tout ce qui touche au sexe est sale. Après deux ans passés au Winthrop collège, à Rock Hill en Caroline du Sud, elle se rend à Manhattan pour y décrocher un travail de mannequin. Elle parvient à ses fins en cinq jours. Bientôt, elle se retrouve dans le circuit New York-Paris des top-modèles et pose pour des photographes comme Richard Avedon, Irving Penn, Bruce Weber. Ses photos dans le Vogue anglais attirent l’attention de Hugh Hudson, qui cherche son héroïne de « Greystoke ». Christophe Lambert étant un inconnu, les producteurs poussent Hudson à choisir une star féminine pour compenser. Mais Hudson n’en fait qu’à sa tête. Et puis Andie McDowell n’est pas une inconnue. Des millions d’Américains l’ont remarquée dans la publicité TV pour les jeans Calvin Klein (elle a d’ailleurs pris la succession de Brooke Shields). Le film est un triomphe, mais pas pour Andie McDowell. Hudson, trouvant qu’elle avait trop l’accent de Blanche Dubois l’a fait doubler par Glenn Close. Andie, qui a toujours rêvé d’être actrice (et comme beaucoup de ses consœurs, elle a pensé que la voie du modeling était la plus directe pour le cinéma) se voit, dit-elle, réduite à une image. Sur le coup, elle est furieuse. Quelques années plus tard, elle reconnaît que son accent était alors nettement plus fort qu’aujourd’hui et que cet incident de parcours lui a donné l’énergie nécessaire pour travailler sa voix.

Elle n’en demande pas moins une clause de non-doublage dans le contrat de son film suivant, «Saint-Elmo’s fire». Ce film de Joel Schumacher, inédit dans .les salles (mais qui a obtenu un joli succès en vidéo à la suite du prix décerné par Vidéo 7), lui offrait, trois ans après «Greystoke», un rôle radicalement différent : celui d’une fille bon chic, bon genre. Et «arrivée». Une image lisse, assez proche de celle du mannequin que Loréal paie alors trois millions de francs lourds pour douze jours de travail par an. «Elle était très différente de son personnage, me dit Rob Lowe, un de ses partenaires dans « Saint-Elmo’s fire », très drôle, très vive, pas du tout le genre jeune bourgeoise.» Le rôle n’est pas très important, mais elle a vingt-sept ans et est soucieuse de reparaître sur l’écran. Et, plus important, le film de Joel Schumacher se veut le portrait d’une génération, dans la lignée de «The big chill» (les copains d’abord) de Lawrence Kasdan («Nous appelions le film de Joel « The little chill » pendant le tournage», dit Rob Lowe), ce qui lui permet d’inscrire à son générique un panel de jeunes comédiens sur lesquels les studios sont prêts à parier. Andie McDowell est entourée, et fort bien, par Emilio Estevez, Rob. Lowe, Judd Nelson, Ally Sheedy. Une équipe de gagnants dont il est bon de faire partie. Malgré toutes ses qualités, «Saint-Elmo’s fire» ne remporte pas le succès escompté. Pour Andie, c’est une nouvelle traversée du désert, avec une minisérie italienne, «Le secret du Sahara », où elle a Ben Kingsley pour partenaire.
Sexe, mensonges et vidéoEnfin, un jeune réalisateur de vingt-six ans, Steven Soderbergh, lui envoie un scénario intitulé «Sexe, mensonges et vidéo». Dès qu’elle le lit, elle est enthousiasmée, et pour plusieurs raisons. La première est que son back-ground de fille du Sud va enfin lui servir. «Je viens de Gaffney, une petite ville, et je sais exactement comment mon personnage de « Sexe, mensonges et vidéo » a été élevé, comment il a été écrasé par une religion puritaine, comment il a été prévenu contre le sexe. C’est une femme mariée, qui n’a jamais connu l’orgasme, comme il en existe tellement.» La seconde est qu’elle a l’impression de si bien connaître le personnage qu’il lui paraît facile à interpréter.

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